C’était l’événement que tout l’écosystème tech et financier attendait avec une impatience non dissimulée. Après des semaines de teasing savamment orchestré sur les réseaux sociaux, Éric Larchevêque, figure emblématique de l’entrepreneuriat français et cofondateur de la licorne Ledger, est remonté sur scène ce lundi 24 novembre 2025. Lors d’une keynote suivie par des milliers d’investisseurs, il a levé le voile sur son nouveau grand projet : The Bitcoin Society. Loin d’être une simple startup supplémentaire, cette initiative se présente comme une réponse stratégique aux enjeux de souveraineté monétaire en Europe, avec une ambition claire : créer une entreprise de trésorerie Bitcoin cotée sur Euronext.
Le retour du roi de la tech française
Depuis son départ opérationnel de Ledger et sa popularisation auprès du grand public via l’émission « Qui veut être mon associé ? », Éric Larchevêque s’était fait plus discret sur le plan des lancements de projets majeurs. Son retour dans l’arène était donc scruté de près. La promesse était forte : un projet capable de redéfinir les règles du jeu économique.
Hier soir, l’entrepreneur n’a pas déçu ceux qui attendaient une vision macro-économique tranchée. Avec The Bitcoin Society, il ne s’agit pas de créer un nouveau logiciel ou une application grand public, mais de bâtir une structure financière robuste. Le concept est simple mais puissant : permettre aux investisseurs institutionnels et particuliers de s’exposer au bitcoin à travers une action cotée en bourse, sans avoir à gérer la complexité technique de la détention de crypto-actifs.
The Bitcoin Society : une trésorerie en bitcoin cotée en bourse
Le cœur de l’annonce réside dans la nature même de la société. The Bitcoin Society a pour vocation de lever des capitaux sur les marchés traditionnels (fiat) pour les convertir massivement et stratégiquement en bitcoins. Cette réserve servira d’actif de trésorerie principal, faisant de l’entreprise un véhicule d’investissement liquide et régulé.
Ce modèle n’est pas sans rappeler celui de MicroStrategy aux États-Unis, dirigé par Michael Saylor, qui a transformé une entreprise de logiciels en l’un des plus grands détenteurs institutionnels de bitcoins au monde. En important ce modèle sur Euronext, Larchevêque comble un vide béant sur le marché européen. Jusqu’à présent, les investisseurs du vieux continent cherchant une exposition boursière directe au « roi des cryptos » devaient souvent passer par des produits complexes ou des marchés étrangers.
L’ambition européenne face au géant américain
L’un des points forts du discours d’hier a été l’insistance sur la souveraineté européenne. Éric Larchevêque a martelé que l’Europe ne pouvait pas se permettre de rester spectatrice de la révolution financière en cours. Alors que les États-Unis voient se multiplier les ETF et les entreprises intégrant le bitcoin à leur bilan, l’Europe reste frileuse.
Avec ce projet, l’objectif est double : offrir une alternative locale aux géants américains et sécuriser une part du gâteau « numérique » pour l’économie européenne. En créant un acteur majeur capable d’accumuler du bitcoin pour le compte de ses actionnaires, Larchevêque souhaite éviter que la valeur de cet actif rare ne soit captée uniquement par des entités outre-Atlantique. C’est un pari géopolitique autant qu’économique, qui place la finance décentralisée au cœur de la stratégie d’entreprise traditionnelle.
Pourquoi maintenant ? Le pari de la souveraineté
Le timing de cette annonce, en cette fin novembre 2025, n’est pas anodin. Le contexte macro-économique reste marqué par une inflation persistante et une méfiance grandissante envers les monnaies fiduciaires (le « fiat »). Dans son intervention, Larchevêque a réitéré sa conviction que le bitcoin représente une « assurance vie » face à la dévaluation monétaire.
Lancer The Bitcoin Society maintenant, c’est parier sur le fait que nous sommes à l’aube d’une adoption institutionnelle massive. En proposant une structure cotée, auditée et transparente, il lève les barrières de la confiance qui retiennent encore de nombreux gestionnaires de patrimoine. C’est une main tendue vers la finance traditionnelle, lui disant : « Voici un pont sécurisé vers le futur de la monnaie ».
Un accueil mitigé mais une stratégie assumée
Si la vision est grandiose, les premières réactions à chaud sont partagées. Sur les forums spécialisés et les réseaux sociaux, certains observateurs pointent du doigt un manque d’innovation technologique pure. La critique récurrente est que ce modèle « existe déjà » ou qu’il s’agit « simplement » de détention d’actifs. D’autres comparent le projet à des initiatives françaises plus modestes comme Capital B, se demandant quelle sera la véritable valeur ajoutée hormis la puissance de frappe médiatique et financière de son fondateur.
Cependant, les défenseurs du projet soulignent un atout majeur : l’équipe. En s’entourant d’experts reconnus et en visant une cotation Euronext, Larchevêque apporte une crédibilité institutionnelle que peu d’acteurs peuvent revendiquer. La « tech » ici n’est pas dans le code, mais dans l’ingénierie financière et juridique qui rend la chose possible à grande échelle.
L’impact potentiel sur l’écosystème financier français
Au-delà du cours de bourse ou du nombre de bitcoins accumulés, l’impact de The Bitcoin Society pourrait être culturel. Voir une personnalité publique grand public comme Éric Larchevêque, juré de M6 et entrepreneur à succès, porter un tel projet contribue à la normalisation des crypto-actifs en France.
Cela pourrait inciter d’autres trésoriers d’entreprises à envisager la diversification de leurs réserves. Si le projet réussit, il pourrait déclencher un effet domino, forçant les régulateurs et les banques françaises à adapter leurs offres plus rapidement que prévu. En somme, le pitch d’hier n’était pas seulement celui d’une nouvelle entreprise, mais le manifeste d’une finance hybride qui ne demande qu’à éclore.









