Le premier acte du Projet de Loi de Finances (PLF) pour 2026 s’est joué ce mercredi 22 octobre et il ressemble à une tragédie pour l’exécutif. La commission des finances de l’Assemblée Nationale a rejeté la première partie du texte, celle consacrée aux recettes. Un revers politique majeur qui place le gouvernement dans une position intenable, à la veille de l’ouverture des débats dans l’Hémicycle et alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a promis de ne pas utiliser l’article 49.3.
Un « détricotage » en règle
Le coup de semonce est sévère. La commission des finances, véritable « porte d’entrée » du marathon budgétaire, a méthodiquement déconstruit les ambitions du gouvernement. Ce rejet n’est pas qu’un symbole ; il est le résultat d’un vote où les oppositions, unies pour l’occasion, ont fait bloc contre la majorité relative.
Plus que le rejet lui-même, c’est le « détricotage » des mesures phares qui illustre l’isolement du gouvernement. Lors des débats en commission, les députés ont voté plusieurs amendements qui vont à l’encontre directe de la ligne fixée par Bercy :
- L’indexation de l’impôt sur le revenu : Les députés ont voté pour ré-indexer le barème de l’impôt sur le revenu sur l’inflation. Le gouvernement, lui, comptait sur un gel partiel pour générer des recettes supplémentaires, une mesure dénoncée par les oppositions comme une « augmentation masquée » de l’impôt en période d’inflation.
- L’abattement sur les retraites : La commission a rétabli l’abattement fiscal historique de 10% sur les pensions de retraite, que le gouvernement souhaitait remplacer par un abattement forfaitaire moins avantageux pour de nombreux retraités.
- Le retour de l’« Exit Tax » : Autre symbole fort, les députés ont voté le rétablissement de l’« exit tax », ce dispositif visant à taxer les plus-values latentes des entrepreneurs s’exilant fiscalement, qui avait été supprimé au début du premier mandat d’Emmanuel Macron.
Ces modifications vident de leur substance les efforts du gouvernement, qui tablait sur 14 milliards d’euros de recettes nouvelles, notamment via un effort demandé aux « contribuables les plus riches » et une nouvelle taxe sur les petits colis.
Le piège du « Sans 49.3 »
Ce revers parlementaire prend une dimension politique bien plus grave en raison de l’engagement solennel de Sébastien Lecornu. Arrivé à Matignon avec la promesse d’une nouvelle méthode de gouvernance, plus ouverte au dialogue et moins « brutale », le Premier ministre avait annoncé début octobre qu’il n’utiliserait pas l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter ce budget.
Cette promesse, conçue pour restaurer la confiance, se retourne aujourd’hui contre lui tel un piège. Sans majorité absolue, et désormais sans majorité en commission des finances, le gouvernement se retrouve « dos au mur » à l’aube de l’examen en séance plénière, qui doit débuter ce vendredi 24 octobre.
L’exécutif n’a plus que deux options, toutes deux périlleuses :
- Soit il trouve des alliés de circonstance, en reniant une partie de son texte et en cédant massivement aux demandes des oppositions (notamment celles du groupe Les Républicains), au risque de présenter un budget incohérent et de perdre sa crédibilité en matière de sérieux budgétaire.
- Soit le Premier ministre renie sa propre promesse et dégaine le 49.3, ouvrant la voie à une crise politique majeure et à une probable motion de censure qui, cette fois, pourrait avoir des chances d’aboutir.
L’ombre de la dégradation
Cette crise politique intervient au pire moment sur le plan économique. Les marchés financiers et les partenaires européens de la France observent la situation avec une inquiétude croissante. Le 17 octobre dernier, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a dégradé la note souveraine de la France de « AA- » à « A+ », citant explicitement les doutes sur la capacité du pays à tenir sa trajectoire de réduction des déficits.
Le gouvernement visait, avec ce PLF 2026, un retour du déficit à 4,7% du PIB. Un objectif déjà jugé « optimiste » par le Haut Conseil des Finances Publiques, et qui semble désormais totalement hors d’atteinte si le gouvernement ne parvient pas à faire voter ses mesures d’économies et de recettes. Le spectacle d’un exécutif incapable de faire adopter son budget envoie le pire signal qui soit aux investisseurs.
À cette pression s’ajoute la fronde des collectivités locales. Les maires de France dénoncent un « tour de vis budgétaire sévère », estimant que l’effort « disproportionné » qui leur est demandé (entre 4,6 et 8 milliards d’euros) asphyxiera l’investissement public local.
Le gouvernement n’a plus que quelques heures pour trouver une issue. L’examen du budget 2026, qui devait être celui du « redressement », s’annonce comme celui de tous les dangers.









