Alors que Microsoft s’impose comme un acteur incontournable de la révolution de l’intelligence artificielle (IA), son partenariat stratégique avec OpenAI, le développeur de ChatGPT, continue de soulever des questions majeures concernant la transparence de ses liens financiers. Malgré une récente publication de résultats trimestriels qui a levé un coin du voile, les informations divulguées par le géant de Redmond restent insuffisantes, mettant en péril les intérêts de ses investisseurs.
Une relation cruciale, une transparence limitée
Microsoft qualifie son implication dans OpenAI d’« investissement mis en équivalence » dans ses rapports financiers. En termes comptables, cela signifie qu’OpenAI est considérée comme une partie liée de Microsoft, et que ce dernier est censé exercer une « influence notable » sur la société d’IA. Or, le principe de la comptabilité généralement admise (PCGA) exige que les entreprises divulguent suffisamment d’informations sur les transactions avec leurs parties liées pour qu’un observateur externe puisse « comprendre les effets des transactions sur les états financiers ». C’est là que Microsoft est en défaut.
Jusqu’à présent, Microsoft n’a inclus aucune information détaillée sur les transactions avec OpenAI, une omission qui ne peut être justifiée par l’insignifiance de ces échanges. Au contraire, il est devenu évident que ces transactions sont considérables et d’un intérêt capital pour les actionnaires.
Par exemple, Microsoft a mentionné des « accords réciproques de partage des revenus » avec OpenAI. Pourtant, la multinationale n’a pas précisé l’impact de ces accords sur son propre chiffre d’affaires, son coût des marchandises vendues ou ses charges d’exploitation. Sans ces données, les investisseurs se trouvent dans l’incapacité d’évaluer si les transactions sont réalisées « dans des conditions de pleine concurrence », une préoccupation fondamentale en l’absence d’informations complètes.
Interrogé sur cette opacité, Frank Shaw, porte-parole de Microsoft, s’est contenté d’une déclaration laconique : « Les états financiers de Microsoft sont en totale conformité avec les principes comptables généralement admis et sont audités par un cabinet indépendant. » Il a catégoriquement refusé de répondre à toute question supplémentaire.
De nouveaux chiffres qui soulignent l’enjeu
La publication des derniers résultats financiers de Microsoft, pour le trimestre clos le 30 septembre, a marqué un premier pas vers plus de clarté, mais a paradoxalement accentué le besoin d’informations plus complètes. Ces nouvelles données ont révélé à quel point la relation avec OpenAI est critique pour l’avenir de Microsoft.
- Participation et Valorisation : Suite à une restructuration d’OpenAI achevée en octobre, Microsoft a déclaré détenir 27% de la société. Dans un article de blog, l’entreprise a indiqué que la valeur d’investissement d’OpenAI était estimée à 135 milliards de dollars. Pour une entreprise comme Microsoft, avec 636 milliards de dollars d’actifs, cette participation, si elle était inscrite séparément, représenterait le deuxième actif le plus important après ses immobilisations corporelles.
- Pertes Colossales : Microsoft a, pour la première fois, divulgué avoir enregistré 4,1 milliards de dollars de pertes provenant d’OpenAI sur le dernier trimestre. Ce montant équivaut à 12% du bénéfice avant impôts de Microsoft, soulignant l’importance financière de la start-up, même en phase de forte croissance.
- Mégacontrat Cloud : L’entreprise a également précisé qu’OpenAI s’était engagée à acheter pour 250 milliards de dollars de services de cloud computing auprès de Microsoft. Bien que le calendrier et les modalités de financement de cet achat n’aient pas été précisés, l’ampleur du contrat est vertigineuse.
L’énigme de la valeur comptable
Malgré ces révélations, le mystère persiste autour de la « valeur comptable » de la participation de Microsoft dans OpenAI. Alors que la valeur d’investissement est estimée à 135 milliards de dollars, la valeur comptable est, selon toute vraisemblance, bien inférieure.
Dans une note de bas de page, Microsoft a indiqué que la valeur comptable de l’ensemble de ses investissements mis en équivalence s’élevait à seulement 1,8 milliard de dollars au 30 septembre. Cet écart s’explique par le fait que la valeur comptable reflète les investissements initiaux de Microsoft, ajustés de sa quote-part des pertes d’OpenAI, et non la valeur de marché actuelle.
En supposant qu’OpenAI continue d’accumuler des pertes, il est fort probable que Microsoft puisse bientôt ramener la valeur de sa participation à zéro. Selon la méthode de la mise en équivalence, les pertes de Microsoft liées à OpenAI seraient alors plafonnées, et toute nouvelle information communiquée pourrait devenir encore plus rare.
Un impératif pour la crédibilité
L’argument en faveur d’une transparence accrue est limpide : OpenAI n’est pas qu’un investissement ; elle est stratégiquement essentielle, contribuant à la capitalisation boursière de Microsoft qui atteint les 3 700 milliards de dollars.
En ne faisant que de timides révélations sur ses chiffres concernant OpenAI, Microsoft a surtout mis en lumière tout ce qu’elle continue de cacher. Pour le bien de ses actionnaires et pour maintenir la confiance des marchés, Microsoft est loin d’avoir rempli son obligation d’expliquer l’intégralité des effets de ses transactions avec OpenAI sur ses propres états financiers. En vertu des principes comptables, cette divulgation n’est pas une option, mais un impératif.




