La 30e Conférence des Parties (COP30) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) s’est ouverte au Brésil, dans la ville de Belém en Amazonie, marquant un choix symbolique fort pour souligner l’urgence de la crise climatique et l’importance des forêts tropicales. Cette conférence a lieu dix ans après l’adoption de l’historique Accord de Paris (COP21) et se présente comme un moment crucial pour l’avenir de l’action climatique mondiale.
I. Constat alarmant et objectif menacé
Le ton de la COP30 est donné par un constat scientifique sévère. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a récemment jugé « presque inévitable » le dépassement à court terme du seuil de réchauffement de +1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris.
- Réaffirmation de l’Objectif : Malgré cet avertissement, les pays réaffirment collectivement l’engagement de l’Accord de Paris : maintenir l’augmentation de la température mondiale « bien en dessous de 2 °C » et poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5 °C.
- Urgence d’Agir : Face aux catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes et violentes (comme l’ouragan Mélissa cité récemment), les négociateurs sont sous pression pour transformer les promesses en actions concrètes. Le chef de l’ONU Climat, Simon Stiell, a martelé que le temps des atermoiements était révolu et que chaque fraction de degré évitée sauverait des millions de vies.
II. Les trois enjeux cruciaux de Belém
Les tractations à Belém se concentrent principalement sur trois axes majeurs, source de vifs débats entre pays développés et pays en développement : l’atténuation, l’adaptation et, surtout, le financement.
1. Sortir des Énergies Fossiles (Atténuation)
La question centrale de l’abandon des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) demeure le point de friction principal. Bien que la dernière COP (COP29) ait débouché sur un accord pour tripler la capacité des énergies renouvelables d’ici 2030, la feuille de route pour une sortie complète des fossiles manque de clarté et de contraintes concrètes. L’ironie veut que les trois dernières COP (Égypte, Émirats arabes unis, Azerbaïdjan) se soient tenues dans des pays gros producteurs d’hydrocarbures, y compris le Brésil hôte de la COP30, 7e producteur mondial de pétrole.
2. Financement Climatique (Le Cœur de la Bataille)
Le financement est le principal nœud de la conférence. Les pays en développement, qui ont historiquement peu contribué au réchauffement, subissent de plein fouet ses conséquences et réclament l’aide promise.
- L’Objectif de 100 Milliards : L’ancien objectif de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour l’aide aux pays pauvres n’a été atteint que tardivement, minant la confiance.
- Le Nouveau « New Collective Quantified Goal » (NCQG) : La COP30 est censée avancer sur la définition d’un nouvel objectif chiffré de financement climatique post-2025. Les discussions portent sur un montant annuel qui pourrait atteindre 1 300 milliards de dollars d’ici 2035, visant à soutenir à la fois l’atténuation et l’adaptation.
- Fonds « Pertes et Préjudices » : Un autre sujet crucial est la concrétisation du fonds dédié aux Pertes et Préjudices (Loss and Damage Fund), censé aider les nations les plus vulnérables à faire face aux dommages irréversibles des catastrophes climatiques.
3. Le Rôle Central de l’Amazonie
En choisissant Belém, le président Lula a mis en lumière la déforestation et la protection des écosystèmes.
- La COP30 se veut la « COP des forêts tropicales », insistant sur l’importance du rôle de l’Amazonie comme puits de carbone.
- En parallèle, un Sommet des Peuples rassemble la société civile et les communautés autochtones qui dénoncent l’impact des projets d’énergies fossiles et alertent sur les dangers de la nouvelle « ruée vers l’or » du marché carbone sur leurs territoires.
Conclusion : Entre optimisme et fatalisme
La COP30 est un moment charnière qui se tient à un point de bascule. Les pays sont appelés à soumettre leurs troisièmes Contributions Déterminées au Niveau National (CDN) en 2025, un test décisif pour savoir si l’objectif de 1,5 °C est encore atteignable. Tandis que le président brésilien Lula défend l’idée qu’il est temps d’infliger une « nouvelle défaite aux négationnistes » et que les renouvelables ont passé un point de non-retour, la réalité des négociations et les intérêts nationaux (notamment pétroliers) continuent de freiner l’accélération nécessaire.
Cette conférence cherche à consolider l’action collective et à s’assurer que les mécanismes multilatéraux de lutte contre le changement climatique restent pertinents et efficaces face à l’urgence.




