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Nous devons de toute urgence accélérer le rythme » : L’ONU sonne l’alarme climatique à l’aube de la COP30

ONU

Le couperet est tombé ce mardi 28 octobre 2025. Dans son très attendu rapport de synthèse sur les plans climatiques nationaux, l’ONU Climat (CCNUCC) a livré un verdict en demi-teinte : si l’humanité a enfin commencé à « infléchir la courbe des émissions », les efforts actuels sont dramatiquement insuffisants pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.

À quelques semaines de l’ouverture de la COP30 à Belém, au Brésil, ce rapport dresse un état des lieux critique des ambitions mondiales. Il analyse une nouvelle génération de « Contributions Déterminées au Niveau National » (CDN) – les feuilles de route que chaque pays soumet pour détailler ses actions de réduction d’émissions.

Le message principal, porté par le Secrétaire exécutif de la CCNUCC, Simon Stiell, est un mélange de reconnaissance et d’urgence absolue. « La direction prise s’améliore d’année en année, » a-t-il déclaré, « mais nous devons de toute urgence accélérer le rythme. »

Le paradoxe du progrès : une courbe qui s’infléchit trop lentement

Le rapport de synthèse de 2025 contient une première historique. « L’humanité est clairement en train d’infléchir la courbe des émissions à la baisse pour la première fois, » a souligné M. Stiell.

L’analyse, qui couvre les 64 nouveaux plans climatiques soumis avant la date limite du 30 septembre 2025, montre des progrès notables. Ces nouveaux engagements, s’ils sont pleinement mis en œuvre, pourraient entraîner une réduction des émissions de ce groupe de pays allant jusqu’à 17 % d’ici 2035 (par rapport aux niveaux de 2019). De plus, les émissions de ce groupe devraient atteindre leur pic avant 2030.

Le rapport souligne également une amélioration qualitative majeure. Près de neuf pays sur dix (89 %) ont désormais adopté des objectifs de réduction couvrant l’ensemble de leur économie, une nette progression par rapport aux cycles précédents. De plus, l’intégration de l’adaptation, de la transition juste et de l’implication des acteurs non étatiques (villes, entreprises, société civile) est de plus en plus systématique.

L’abîme du 1,5°C

Mais cette lueur d’espoir est immédiatement éclipsée par l’ampleur de la tâche restante. Le problème fondamental soulevé par l’ONU est un « écart d’ambition » béant.

Les scientifiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sont formels : pour conserver une chance de limiter le réchauffement à 1,5°C, les émissions mondiales doivent chuter de 43 % d’ici 2030 (par rapport à 2019). Les efforts actuels, même améliorés, nous placent sur une trajectoire bien plus dangereuse, estimée entre 2,5°C et 2,9°C de réchauffement d’ici la fin du siècle.

« Nous sommes toujours dans la course, » a martelé Simon Stiell, « mais pour garantir une planète viable pour les huit milliards d’individus qui la peuplent aujourd’hui, nous devons de toute urgence accélérer le rythme, lors de la COP 30 et chaque année par la suite. »

L’autre faiblesse majeure est la couverture incomplète du rapport. Les 64 pays analysés ne représentent qu’environ 30 % des émissions mondiales. Des géants économiques et grands émetteurs, représentant les deux tiers restants des émissions, n’avaient pas encore soumis leurs nouveaux plans à la date de clôture de l’analyse. L’ONU appelle donc ces pays à rehausser drastiquement leur ambition dans les jours à venir.

COP30 : Le sommet de la dernière chance ?

Ce rapport n’est pas une simple publication académique ; il s’agit d’une feuille de route politique destinée à mettre une pression maximale sur les gouvernements avant la COP30, qui se tiendra en novembre à Belém.

Ce sommet est crucial. Il y a dix ans, l’Accord de Paris était signé. Aujourd’hui, les nations doivent non seulement faire le bilan (le « Bilan Mondial » finalisé à la COP28 à Dubaï), mais surtout y répondre en présentant une nouvelle génération de plans (les « CDN 3.0 ») fixant des objectifs clairs pour 2035.

Le rapport de l’ONU sert de rappel à l’ordre : les plans actuels ne sont pas à la hauteur de la science ni des engagements pris à Paris. Les négociations à Belém s’annoncent donc tendues, en particulier sur les deux points névralgiques de l’action climatique :

  1. La sortie des énergies fossiles : Bien que l’accord de Dubaï ait mentionné une « transition hors » des énergies fossiles, le rapport de l’ONU montre que les plans nationaux peinent à traduire cet objectif en politiques concrètes de sortie du charbon, du pétrole et du gaz.
  2. La finance climat : Les pays en développement ont besoin de milliers de milliards de dollars pour financer leur transition énergétique et leur adaptation aux impacts déjà présents. Sans un engagement financier massif et crédible de la part des pays développés, il leur sera impossible « d’accélérer le rythme » comme le demande l’ONU.

En conclusion, le rapport de l’ONU Climat de ce 28 octobre 2025 dresse le portrait d’un monde qui a commencé à bouger, mais à une allure d’escargot face à un train lancé à pleine vitesse. L’humanité a évité le scénario du pire (un réchauffement de 4°C ou 5°C), mais elle est encore loin d’avoir sécurisé un avenir viable. La COP30 à Belém ne sera pas un sommet de célébration, mais une réunion d’urgence pour combler un fossé qui menace de devenir infranchissable.

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